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L’Inconnue de la Seine
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Une belle inconnue, une mort mystérieuse, une relique aux origines inconnues… Vous avez là, tous les ingrédients d’un drame poétique.

Au début des années 1900, fait surface à Paris, un masque mortuaire d’une jeune inconnue. Nulle ne sait qui elle ait. Pourtant, la beauté de son visage et la sérénité de ses traits vont fasciner les intellectuels et les artistes de l’époque. De nombreuses copies du moulage original circulent. Le masque mortuaire devient une décoration à la mode sur les murs des maisons d’artistes.

L’engouement qui naît pour cette inconnue défunte s’explique avant tout par la légende qui l’entoure. Selon celle-ci, le corps d’une jeune femme est un jour repêché dans la Seine à Paris. Un employé de la morgue, frappé par la beauté de la jeune femme, décide de faire un moulage en plâtre de son visage. On peut imaginer que par la suite, d’autres personnes, elles aussi captivées par la relique, décidèrent d’en faire des copies. C’est ainsi que naquit la légende de « L’Inconnue de la Seine ».

« C’est un bonheur d’aimer une morte, on en fait ce qu’on veut. »

Aragon, Extrait d’Aurélien (Epilogue)

La thèse de la suicidée n’est pourtant pas la seule. Selon l’affichiste George Villa qui tenait cette information de son maître Jules Lefebvre, l’empreinte fut prise sur le visage d’une jeune modèle qui mourut de tuberculose vers 1875.

L’Inconnue de la Seine passera à la postérité grâce à nombreux artistes et écrivains à travers l’Europe, mais aussi, plus étonnamment, grâce à une entreprise norvégienne, Lærdal, qui reproduira le visage de la jeune inconnue sur leur mannequin d’apprentissage des premiers secours. Ainsi, le visage de l’Inconnue de la Seine est peut être le plus embrassé de tous les temps.

« C’est vraiment très étrange.
Que quelqu’un doive d’abord mourir afin de trouver la vie. »

Sigmund Freud, Délire et rêves dans la « Gradiva » de Jensen, 1907

(Merci à ma sœur pour m’avoir fait découvrir cette histoire)

Pour aller plus loin

- Dossiers de la BNF sur l’exposition « Le mythe de l’Inconnue de la Seine »

La mort dans une bouteille
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Je ne vais pas ici vous relater des croyances ou des faits anciens, mais seulement un conte populaire originaire de la région du Morvan (massif montagneux situé en Bourgogne) qui fût recueilli à la fin du 19ème siècle…

Il y avait une fois un pauvre bûcheron qui avait de la peine à nourrir sa famille. Quand son fils était né, il avait cherché en vain un parrain et une marraine, et c’était la mort qui avait accepté d’être la marraine. Depuis ce temps-là, la mort visitait souvent son compère et comblait de cadeaux son filleul.
Mais un jour, la mort dit au père de l’enfant :
- C’est le moment. Je dois t’emporter aujourd’hui.
Le père répondit :
- Je suis prêt. Mais auparavant, rien ne nous empêche de déjeuner ensemble tous les trois.
Ils se mirent à table. Alors, en servant à boire, le père dit à la mort.
- Mon fils me dit que tu peux te mettre partout pour surprendre ceux que tu dois emporter. Est-il possible que tu arrives à te mettre dans cette bouteille ?
- Oui, bien sûr, dit la mort.
- Je n’en crois pas un mot, dit le père.
- Je vais te le prouver, dit la mort.
Et sans plus attendre, la mort se fit toute petite et passa par le goulot de la bouteille. Le père ne perdit pas de temps, il prit un bouchon referma la bouteille soigneusement, puis il cacheta avec de la cire. Ensuite, il alla jusqu’au bois et cacha la bouteille dans un buisson de charmes.
Ainsi le père ne mourut pas. Quant au filleul de la mort, il devint un médecin célèbre et riche.
Cependant, à l’endroit où il avait caché la bouteille, le bûcheron n’avait pas vu qu’il y avait un jeune plant de chêne. Le chêne se mit à grandir au fil des ans. Il devint un bel arbre et se mit à produire des glands en abondance. Et, un jour, un troupeau de cochons fut amené là pour la glandée.
Une truie qui fouillait dans les touffes cassa, sans le faire exprès, la bouteille où était enfermée la mort. Celle-ci s’échappa et promit à la truie qu’elle ne mourrait pas. Puis, elle se précipita vers la maison où vivait le père de son filleul. Alors, sans autre formalité, elle l’emporta avec elle.

Extrait de « Contes de la mort des pays de France » – Jean Markale.
Recueilli dans le Morvan, à Murlin (Nièvre) vers 1888.

La véritable histoire du Père Noël
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Originaire de l’est de la France, j’ai eu la chance durant mon enfance de fêter la Saint Nicolas.
Tous les 6 décembre, au petit matin, je trouvais devant la porte de ma chambre, un jouet et des confiseries. Plus tard dans la journée, Saint Nicolas accompagné du Père Fouettard, faisaient une halte à mon école pour nous régaler, mes camarades et moi, de nouvelles friandises.

Représentation de Saint Nicolas

Représentation de Saint Nicolas

Les années passant, Saint Nicolas m’a un peu oublié. Mais heureusement, le Père Noël reste lui, bien fidèle à sa réputation. Pourtant, ne soyons pas injuste, l’Histoire nous montre que la filiation entre le Saint Nicolas et le Père Noël, est bien plus étroite qu’il n’y parait…

Saint Nicolas, Protecteur des tous petits

Tout commence au IIIème siècle avec un évèque turque, Nicolas de Myre. Selon la légende, il aurait ressuscité trois enfants littéralement découpés en morceaux par un boucher. Il est alors présenté comme Saint Nicolas, le saint protecteur des tous petits. Une comptine bien connue raconte ses exploits. Extrait.

Écouter « La Légende de Saint Nicolas »
(extrait de l’album Chant des Pays de France – 1999)

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C’est ainsi, que dans les pays d’Europe du Nord et de l’Est, on le célèbre, le 6 décembre de chaque année. La coutume veut qu’un personnage, habillé comme saint Nicolas l’était (grande barbe, crosse d’évêque, mitre, grand vêtement à capuche), passe de maison en maison pour offrir des cadeaux aux enfants sages.

Au XVIè siècle, les réformateurs protestants souhaitent mettre un terme à toutes les traditions d’origine catholique qui se sont développées en Europe. Partout, la fête de la Saint Nicolas disparait progressivement. Toutefois, les habitants des Pays Bas, pourtant protestants, vont continuer à fêter Sinter Klaas (l’appellation flamande de Saint Nicolas).

Au XVIIè siècle, la Hollande est l’une des plus importantes puissances maritimes et économiques. Durant cette période, de nombreuses colonies et comptoirs sont établis à travers le monde.
Des migrants s’installent en Amérique où ils fondent la ville de New Amsterdam qui sera plus tard rebaptisé New York. Ils emportent dans leurs valises, tous les biens nécessaires à une nouvelle vie, mais aussi toutes leurs traditions, notamment la Saint Nicolas.

Sinter Klaas devient Santa Claus

La coutume néerlandaise va progressivement s’implanter dans tous les foyers des colons anglais installés en Amérique. Sinter Klaas devient Santa Claus.
Sous l’influence chrétienne, cette fête des enfants est rapprochée de la célébration de la nativité. Dès lors, on la fête le 25 décembre, et non plus le 6 décembre.

Illustation de Thomas Nast - Publié en 1881 dans le Harper's Weekly

Illustation de Thomas Nast
Publié en 1881 dans le Harper's Weekly

C’est en 1822 que Saint Nicolas connaît sa plus importante transformation. Un pasteur américain Clement Clarke Moore publie un poème intitué A Visit from St Nicholas. Sous sa plume, Saint Nicolas est représenté comme un lutin souriant et dodu, qui distribue des cadeaux de maisons en maisons. Il ne se déplace plus avec un âne mais avec un traîneau volant tiré par huit rennes. Ce poème va connaitre un retentissement important. Il sera publé par de nombreux quotidiens américains puis traduit et diffusé dans le monde entier.

En 1860, le journal new-yorkais Harper’s Illustrated Weekly représente Santa Claus vêtu d’un costume orné de fourrure blanche et d’une large ceinture de cuir. L’illustrateur et caricaturiste du journal Thomas Nast, va dès lors multiplier les dessins dans lesquelles il va représenter la légende de Santa Claus sous les traits que nous connaissons aujourd’hui : un bonhomme rond et jovial, vêtu de fourrure, une pipe au coin de la bouche. C’est d’ailleurs lui dans un dessin de 1885, qui fixe la résidence du Père Noël au pôle Nord !

Une idée reçue veut que le costume rouge du Père Noël soit une création de la firme Coca-Cola. Il n’en est rien ! Les historiens ont pu démontré que cette caractéristiques était présente bien avant 1931 et les premières représentations du Père Noël par la firme.
On doit tout de même à Coca-Cola, l’évolution de son costume. Dans les illustrations d’Haddon Sunblom, il troque sa robe contre un pantalon et une tunique rouge.

Publicité Coca-Cola des années 30

Publicité Coca-Cola des années 30

On voit ici, comment un personnage peut connaitre d’importantes évolutions en raison d’influences très diverses : religieuses, artistiques, géopolitiques et même mercantiles.

Le joueur de flûte de Hamelin a t-il existé ?
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Le joueur de flûte de Hamelin est certainement l’une des légendes les plus populaires du folklore allemand. Cette histoire enfantine, popularisée par les frères Grimm en 1816, prend ses racines dans l’Allemagne médiéval du XIIIème siècle.

Mais s’agit-il seulement d’une légende ?

Représentation la plus ancienne du Joueur de flûte <br />(copiée du vitrail de l'église d'Hamelin)

Représentation la plus ancienne du Joueur de flûte
(copiée du vitrail de l'église d'Hamelin)

La légende du joueur de flûte de Hamelin

En 1284, la ville de Hamelin, en Allemagne, fut la proie d’une invasion de rats. Toute la ville en était infestée, au grand désespoir des habitants. Un jour, un homme étrange se présenta comme preneur de rat. Il promit pour une cetaine somme d’argent de débarrasser la ville de tous ses rats. Les habitants acceptèrent.

Le preneur de rats sortit une petite flûte et commença à jouer. Aussitôt tous les rats sortirent des maisons et se réunirent autour de lui. Lorsquil fut certain qu’il n’y en avait plus de cachés, il quitta la ville en direction de la Weser (fleuve allemand). Les rats le suivirent jusque dans l’eau où ils se noyèrent.

Après avoir libéré la ville de son fléau, le joueur de flûte vint réclamer son dû auprès des habitants, mais ces derniers refusèrent, oubliant leur promesse. Dès lors, l’homme quitta la ville plein d’amertume.

Il y revint cependant le 26 juin, sous les traits d’un chasseur à l’allure effrayante. Pendant que tout le monde était à l’église, il sortit sa flûte de nouveau et commença à jouer dans les ruelles da la ville. Mais cette fois, ce furent les enfants qui arrivent en courant, ensorcelés par son étrange musique. Il les conduisit par la porte de l’est en continuant de jouer, et ils allèrent jusqu’à la montagne Koppelberg, où il disparut avec eux à jamais.

Seuls deux enfants revinrent, car ils s’étaient attardés en chemin. L’un d’eux étant aveugle ne pu montrer l’endroit où les enfants étaient, l’autre étant muet ne put dire un seul mot. Un petit garçon étant revenu chercher sa redingote échappa lui aussi au malheur. Certains dirent que les enfants avaient été conduits à une grotte d’où ils ressortirent dans la région de Siebenbuergen. Selon la légende, ce jour-là, 130 enfants disparurent ainsi à jamais.

D’après « Légendes allemandes » de Grimm (1816)

Origines et théories

Autant que vous la sachiez tout de suite, aucun document ou témoignage ne permettent de dire qu’il y ait eu un jour, un rapt massif d’enfant à Hamelin. Il existe cependant un certain nombre de théories permettant d’expliquer la genèse de cette légende :

La Croisade des Enfants<br />Gustave Doré (1832-1883)

La Croisade des Enfants
Gustave Doré (1832-1883)

  • En 1212, eut lieu la « croisade des enfants« , une expédition menée par des gens du peuple voulant partir en Terre Sainte pour délivrer Jérusalem, à l’image des croisades de chevaliers. La croisade passant par Hamelin, des enfants quittèrent la ville pour prendre part à l’expédition, et ne revinrent jamais. Le joueur de flûte symbolise ici, le recruteur ou le meneur.
  • Au XIVe siècle, un terrible fléau s’abattît sur l’Europe. La peste bubonique décima les populations. Elle fut principalement véhiculée par les rat, qui la transmirent à l’homme par l’intermédiaire de puces infectées. Ainsi, tout comme dans la légende, ce sont les rats qui sont à l’origine de la mort des enfants.
  • On attribue parfois cette légende à un autre mal répandu à l’époque, qui touchait les enfants de 7 à 14 ans, la Chorée de Sydenham, plus communément appelée, la danse de Saint Guy. Cette maladie contagieuse, touche le système nerveux. Elle se caractérise par des mouvements involontaires et des contractions des muscles, pouvant entraîner chez le malade, ce que certains pourraient appeler une danse. À l’époque, on pensait que la musique pouvait calmer les manifestations de la maladie. Ainsi, il n’était pas rare que des aigrefins, joueur de flûte par exemple, profitent de la naïveté des faibles d’esprit, en promettant guérisons miraculeuses.
  • Au XIIè siècle, la ville de Hamelin devint trop peuplée. On dû envoyer une partie de la jeune population s’établir en dehors. Les « enfants » quittèrent leurs parents sous la tutelle d’un chef, symbolisé ici par le joueur de flûte.

Quelque soit la véritable explication, la ville d’Hamelin reste marquée par la légende. Il fut longtemps interdit de jouer de la musique ou de manifester la moindre joie, dans la ruelle de la ville, la Bungelosenstraße, qu’empruntèrent les enfants ensorcelés.

D’où son nom, Bungelosenstraße, la rue sans tambour.