Archive pour janvier 2010


Les procés d’animaux au Moyen-Âge
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Supplice d'une truie à Falaise

Supplice d'une truie à Falaise

Peut-être l’ignoriez vous, mais fut un temps où l’on jugeait les animaux. En effet, au Moyen-Âge, il était courant de porter en justice des affaires dans lesquelles des animaux – vache, cochon, poulet… – tenaient le rôle d’accusé.

À cette époque, les hommes comme les bêtes étaient tous considérés comme des « créatures de Dieu ». Si l’on jugeait une personne pour un crime, si on la condamnait, on pouvait en faire autant pour un cheval, un cochon ou un chat.

C’est sur ce principe que de nombreux procès ont eu lieu au Moyen-Âge, avec pour conséquence l’exécution en place publique, d’animaux de toute sorte, pour des raisons des plus triviales aux plus dramatiques.

À chaque crime son châtiment

On peut distinguer trois types de crimes perpétrés par des animaux :

  • Les crimes d’animaux domestiques qui relevent de la justice civile. Il s’agit des méfaits perpétrés par des animaux individuels. Cela va des atteintes à la personne à la dégradation des biens d’autrui.
  • Les crimes commis par des groupes d’animaux jugés par l’Eglise. On parle ici principalement, des petits rongeurs, insectes et autres nuisibles responsables de la destruction des récoltes notamment.
  • Enfin, les crimes par complicité ou à caractère sexuel commis avec un homme ou une femme. Ce type de crime est souvent associé à la sorcellerie.

Dans le premier cas, les procédures étaient les mêmes que pour les hommes. Les accusés attendaient leur jugement en prison. Cette attente pouvaient atteindre quelques mois à plusieurs années selon les cas.

Pour assurer leur défense, les bêtes étaient représentées par des avocats. Même si le dénouement était généralement en la défaveur de l’animal, les avocats appréciaient ces procès, car ils leur permettaient de démontrer leur talent d’orateur. En cas d’accusation de sorcellerie, les avocats devaient se montrer prudent, au risque de se voir suspecté du même délit…

A la fin du procès, la sentence – la peine capitale, la plupart du temps – était signifiée à l’accusé, dans sa prison. L’exécution du jugement se faisait en public. Le propriétaire de l’animal était tenu d’y assister et devait prendre à sa charge les frais d’exécution. Selon la nature du crime, la peine de mort était appliquée par le supplice du feu ou la strangulation.

Procés d'un porc

Procés d'un porc

Quelques cas singuliers

Voici des cas de procès d’animaux relevés par Barnabé Warée, dans ses Curiosités judiciaires, publiées en 1859 :

  • 1120 – Mulots et chenilles excommuniés par l’Évêque de Laon.
  • 1266 – Pourceau brûlé à Fontenay-au-Roses, près de Paris, pour avoir dévoré un enfant.
  • 1314 – Les juges du comté de Valois firent le procès à un taureau qui avait tué un homme à coups de cornes, et le condamnèrent, sur la déposition des témoins, à être pendu.
  • 1394 – Porc pendu pour avoir meurtri et tué un enfant, en la province de Roumaigne, vicomté de Mortain.
  • 1404 – Trois porcs suppliciés à Rouvres, en Bourgogne, pour avoir tué un enfant dans son berceau.
  • 1414 – Petit pourceau traîné et pendu par les jambes de derrière, pour meurtre d’un enfant, suivant sentence du mayeur et des échevins d’Abbeville.
  • 1451 – Sangsues excommuniées par l’Évêque de Lausanne, parce qu’elles détruisaient les poissons.
  • 1474 – Coq condamné à être brûlé, par sentence d’un magistrat de Bâle, pour avoir pondu un œuf.
  • 1497 – Truie condamnée à être assommée pour avoir mangé le menton d’un enfant du village de Charonne. La sentence ordonna en outre que les chairs seraient coupées et jetées aux chiens, et que le propriétaire et sa femme feraient un pèlerinage à Notre-Dame de Pontoise le jour de la Pentecôte.
  • 1499 – Taureau condamné à la potence pour avoir, en fureur, occis un jeune homme.
  • 1585 – Le grand vicaire de Valence fait citer les chenilles devant lui, leur donne un procureur pour les défendre, et finalement les condamne à quitter le diocèse.

Les procés d’animaux auraient eu cours en France jusqu’au début du 18ème siècle.

Ceinture de chasteté et idées reçues
Un commentaire

Un sujet difficile à introduire… De part la nature de l’objet, mais surtout en raison des informations contradictoires que l’on peut trouver ici et là. Avant de m’intéresser au sujet, je pensais comme beaucoup que l’usage de la ceinture de chasteté ne faisait aucun doute, durant certaines périodes de l’Histoire. Cela s’avère finalement beaucoup moins évident…

Une ceinture de chasteté est une ceinture munie d’une serrure conçue pour empêcher les relations sexuelles et la masturbation. Son but est de protéger la personne qui la porte de ses propres tentations et des tentations de ceux qui l’entourent.

Peu de traces dans les ecrits

Caricature allemande (Renaissance). On y voit de gauche à droite : un mari riche, une jeune épouse dotée d'une ceinture de chasteté, et son jeune amant

Caricature allemande (Renaissance). On y voit de gauche à droite : un mari riche, une jeune épouse doté d'une ceinture de chasteté, et son jeune amant

Dans l’imagerie populaire, on associe généralement la ceinture de chasteté au Moyen Age. La coutume veut que les croisés, alors en terre sainte, usent de cette dernière pour empêcher leur compagnes de s’adonner au libertinage pendant leur absence. Mais malgré une croyance tenace, il n’existe pas d’écrit du Moyen-Age relatant de telles pratiques.

On retrouve cependant une allusion symbolique dans un poème narratif du XIIème siècle « Le lais de Guigimar« , écrit par Marie de France.
Une femme fait un nœud au bas de la chemise de son amant et ce dernier noue une ceinture autour de la taille de la femme. Nul ne pourra défaire ces liens sans l’aide de ciseaux à part eux. Ainsi, la ceinture est garante de leur fidélité respective.

Il faut attendre le XVème siècle pour voir apparaitre la première description d’une ceinture de chasteté. Konrad Kyeser, un ingénieur militaire allemand publie en 1405, une anthologie d’inventions techniques, parmi duquel figure la ceinture de chasteté.

Des faux, exposés dans les musées

Modèle longtemps exposé au Musée du Moyen-Âge de Cluny

Modèle longtemps exposé au Musée du Moyen-Âge de Cluny

Quelques exemplaires sont présentés dans des musées à travers le monde, mais leur authenticité est régulièrement remise en question. Ainsi, on retira des vitrines du Musée du Moyen-Âge de Cluny, une ceinture de chasteté considérée comme datant de l’époque médieval. On découvrit qu’il s’agissait d’un faux du XIXème siècle.

On reconnait cependant un caractère authentique à certains exemplaires. Mais ces derniers datent de la Renaissance. À cette époque, on a pu parfois utiliser la ceinture de chasteté afin de protéger les femmes du viol, lors de voyages ou en cas de guerre. Bien sûr, on peut imaginait que des maris jaloux aient pu détourner son usage pour se protéger de l’adultère. Mais cela ne justifie en rien, le fantasme général voulant que l’utilisation de ceinture ait été répandu durant les siècles passés. Il s’agit là d’une construction erronée à l’instar du mythe du droit de cuissage.

La beauté et la chasteté sont toujours en querelle.
Ovide
Extrait de Les Héroïdes

Sources :
- Histoire secrète de la ceinture de chasteté, par Piero Lorenzoni (1998)