Archive pour février 2010
Je ne vais pas ici vous relater des croyances ou des faits anciens, mais seulement un conte populaire originaire de la région du Morvan (massif montagneux situé en Bourgogne) qui fût recueilli à la fin du 19ème siècle…
Il y avait une fois un pauvre bûcheron qui avait de la peine à nourrir sa famille. Quand son fils était né, il avait cherché en vain un parrain et une marraine, et c’était la mort qui avait accepté d’être la marraine. Depuis ce temps-là, la mort visitait souvent son compère et comblait de cadeaux son filleul.
Mais un jour, la mort dit au père de l’enfant :
- C’est le moment. Je dois t’emporter aujourd’hui.
Le père répondit :
- Je suis prêt. Mais auparavant, rien ne nous empêche de déjeuner ensemble tous les trois.
Ils se mirent à table. Alors, en servant à boire, le père dit à la mort.
- Mon fils me dit que tu peux te mettre partout pour surprendre ceux que tu dois emporter. Est-il possible que tu arrives à te mettre dans cette bouteille ?
- Oui, bien sûr, dit la mort.
- Je n’en crois pas un mot, dit le père.
- Je vais te le prouver, dit la mort.
Et sans plus attendre, la mort se fit toute petite et passa par le goulot de la bouteille. Le père ne perdit pas de temps, il prit un bouchon referma la bouteille soigneusement, puis il cacheta avec de la cire. Ensuite, il alla jusqu’au bois et cacha la bouteille dans un buisson de charmes.
Ainsi le père ne mourut pas. Quant au filleul de la mort, il devint un médecin célèbre et riche.
Cependant, à l’endroit où il avait caché la bouteille, le bûcheron n’avait pas vu qu’il y avait un jeune plant de chêne. Le chêne se mit à grandir au fil des ans. Il devint un bel arbre et se mit à produire des glands en abondance. Et, un jour, un troupeau de cochons fut amené là pour la glandée.
Une truie qui fouillait dans les touffes cassa, sans le faire exprès, la bouteille où était enfermée la mort. Celle-ci s’échappa et promit à la truie qu’elle ne mourrait pas. Puis, elle se précipita vers la maison où vivait le père de son filleul. Alors, sans autre formalité, elle l’emporta avec elle.
Extrait de « Contes de la mort des pays de France » – Jean Markale.
Recueilli dans le Morvan, à Murlin (Nièvre) vers 1888.






