Archive pour octobre 2010


Les épidémies de danse à travers l’Europe
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Du XIVè au XVIIIè siècle, un phénomène bien étrange fut observé à travers l’Europe.
Au coeur des cités, des habitants se mettaient soudainement à danser dans les rues sans raison apparente. Hommes, femmes, enfants, ils dansaient jour et nuit jusqu’à l’épuisement ou la mort.
Nul doute sur la véracité de ces manifestations, les chroniqueurs de l’époque ont laissé de nombreux écrits dans lesquels ils décrivent ces phénomènes avec force de détail.

Penchons nous sur l’un des cas les plus impressionnant…

L’épidémie de danse de 1518

Fanatiques religieux dansant au milieu de tombes (Gravure allemande-XVIe)

Fanatiques religieux dansant au milieu de tombes
(Gravure allemande-XVIe)

En juillet 1518, une femme Frau Troffea se mit à danser frénétiquement dans les rues de Strasbourg. Cela dura près de 6 jours. Après une semaine, 34 personnes l’accompagnaient, et après 1 mois, ils étaient plus de 400 ! Il furent nombreux à mourir d’épuisement ou d’attaque cardiaque.

De nombreux documents d’époque (notes de médecins, sermons religieux, chroniques locales, décrets du conseil de la ville)…) attestent de l’existence de cette épidémie de danse.

Alors que l’épidémie s’aggravait, les nobles locaux suivirent les conseils des médecins, qui écartaient toute cause ésotérique, au profit d’une explication « médicale » liée à un hypothétique problème de « sang chaud ».

Contrairement aux croyances de l’époque, la saignée ne fut pas privilégier pour soigner le mal. On choisit plutôt d’encourager la danse, jour et nuit, pensant que le salut des malades viendrait de leur entière soumission à cette force incontrôlable. Un marché couvert fut réquisitionné et des scènes en bois y furent même construites. Des musiciens étaient payés pour entretenir un rythme de danse effréné.

L’épidémie de Strasbourg prit fin progressivement bien qu’aucune explication n’ait pu être trouvée.


« Voici ce qu’était la danse de saint Guy : des bandes d’hommes et de femmes, réunis par un égarement commun, se répandaient dans les rues et les églises, où ils donnaient un spectacle singulier. Ils formaient des cercles en se tenant par la main ; et en apparence hors d’eux-mêmes, ils dansaient avec fureur, sans honte, devant les assistans, jusqu’à ce qu’ils tombassent épuisés. [...] Pendant la danse convulsive, ils ne voyaient pas, n’entendaient pas ; les uns avaient des apparitions de démons, les autres apercevaient des anges et l’empyrée.
La couleur rouge avait la propriété de les irriter et d’augmenter la violence de leurs accès. Il en était de même des sons d’une musique bruyante[...], et qui paraît avoir plusieurs fois provoqué l’explosion de la maladie chez des spectateurs. Un moyen qu’on employait souvent pour abréger leur accès, était de placer devant eux des bancs et des sièges, qui les obligeaient à faire des bonds prodigieux, et ils tombaient promptement épuisés de fatigue. »

Les grandes épidémies – Emile Littré
(extrait de la Revue des Deux Mondes – 1836)

Les explications possibles

Encore aujourd’hui, les historiens divergent sur les causes de ces épidémies. Plusieurs explications sont défendues :

  • Selon l’historien John Waller, l’épidémie de danse serait une forme bien particulière d’hystérie collective, résultant d’une détresse psychologique extreme. Cette explication prend tout son sens, quand on sait la dureté de l’époque : hivers glaciales, été caniculaires, famines et épidémies diverses.
  • Pour le sociologue Robert Bartholomew, il s’agirait plutôt d’un rituel d’une secte hérétique. Cette explication soulève toutefois des interrogations : Pourquoi les épidémies auraient eu lieu à travers différentes villes d’Europe éloignées de plusieurs milliers de kilomètre ? Comment expliquer la peur et le désespoir des danseurs au prise de pulsions incontrôlables ?
  • L’ergotisme est aussi une thèse défendue. Cette maladie, causée par l’ingestion de seigle infecté par l’ergot, provoque des convulsions et des hallucinations, ce qui pourrait expliquer les symptômes observées durant les épidémies de danse. (L’ergostisme sert souvent d’explication aux étranges manifestations qui ont conduit au procès des sorcières de Salem en 1692).
  • Enfin, La danse de Saint Guy (ou chorée de Sydenham) est aussi envisageable. En effet, cette maladie provoque des convulsions. Toutefois, cette hypothèse n’explique pas le caractère « contagieux » des épidémies de danse.

D’autres épidémies ont marqué les esprits, notamment une épidémie de rire ayant eu lieu en Tanzanie en 1962. Le phénomène appelé Epidémie de rire de Tanganyika commença dans une école et s’étendit à plusieurs villages. Au total, 14 écoles furent fermées et plus de 1000 personnes furent affectées.